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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 13:31

Apostrophe, 1985.

Invité, le tout jeune écrivain Marc-Edouard Nabe (25 ans) présente son livre Au régal des vermines.

Alain Zannini de son vrai nom représente l'essence même d'une certaine catégorie d'écrivains: les totalitaires. Egocentrique, intransigeant, jusqu’au-boutiste, excessif et romantique; il parle comme il écrit, il écrit comme il vit, il ne vit que par et pour les Lettres. Il paraît que tout grand écrivain est un fasciste en littérature. Nabe en est l'incarnation, et je dois bien admettre que ce fascisme littéraire a quelque chose de frais, de jeune, de moderne et de jouissif. Nabe c'est une peinture de Marinetti.

Au régal des vermines est une merveille de la littérature contemporaine. Le style est travaillé, percutant, provocateur, drôle, parfois touchant. Nabe se dénude complètement avec la naïveté et la force de sa jeunesse. Il nous emmène fouiller dans chaque recoin de son âme, jusqu'à l'indicible. Nabe est complètement indifférent à ce qui "est", à la raison, à la véracité, à la cohérence de ses mauvais sentiments. Il n'essaye de convaincre personne, le monde extérieur ne l'intéresse pas. Au contraire son livre est profondément tourné vers l'intérieur, dans ce qu'il y a de plus profond et d'inavouable dans l'âme. A' ma connaissance jamais aucun écrivain n'a osé jeter de cette manière la totalité de ses pensées en pature au lecteur. Nabe est allé très loin dans l'extrémisme littéraire, il s'est littéralement sacrifié à la littérature, c'est ce qui lui permet d'exterminer d'un coup de plume l'ensemble de l'humanité sans qu'il ne puisse y avoir d'ambiguïté sur ses intentions. Les noirs, les blancs, les juifs, les cléricaux, les homosexuels, les jeunes, les vieux, tout le monde y passe. C'est pourtant à cause de ce fascisme de la plume qu'il fut taxé d'antisémite.

 

"Qui vomit a Dîné"

Malgré tout ce livre est profondément optimiste. Pour oser écrire et publier un livre de cette nature, il est nécessaire d'avoir une confiance absolue en l'humanité. On imagine aisément que Nabe avec ce premier ouvrage a le projet de faire table rase, de vomir l'humanité entière pour mieux la reconstruire par la suite. Certains passages, notamment celui sur son père (le musicien de jazz Marcel Zannini) sont extrèmement touchants et puissants, peut-être un des plus beau textes sur l'amour d'un fils à un père.

 

Pourquoi lire ce livre?

Parce qu'il est merveilleusement bien écrit.

Parce que le narrateur-auteur est profondément attachant dans sa fraicheur juvénile et son jusqu'auboutisme.

Parce qu'à travers ce fascisme littéraire on peut mieux comprendre comment le futurisme devint le leurre qui attira la jeunesse des années '20 vers le fascisme politique.

Parce que jamais un écrivain ne s'est autant livré. Cela va bien au-delà de la simple sincérité, il s'agit d'une confession totale. Avec ce premier livre, Nabe se met en danger en se prosternant complètement nu sur la place publique. Certains le verront comme un fasciste raciste et antisémite et profiterons de sa nudité pour lui lancer la pierre, d'autres sauront apprécier ce sacrifice, cette sincérité en don pour la postérité des Hommes.

Nabe - Au régal des Vermines

Nabe à la guitare et son père Marcel Zannini au ténor et clarinette.

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 15:08

Munissez-vous d'un casque ou branchez-vous sur un système audio.

Montez le son afin qu'il remplisse la pièce, assurez-vous que personne ne vous dérange -c'est fondamental- pendant les sept prochaines minutes.

Tout est prêt. Appuyer sur Play (ci-dessous). L'histoire peut commencer.

Un gars bourré soufflant dans un saxo, c'est l'impression que peut donner la première note de You don't know what love is. Surpris par cette entrée tonitruante. La maitrise revient immédiatement: les graves sont puissants, le souffle précis dans les aigus. Dans cette première note réside tout Sonny Rollins: l'excès par l'émotion.

Mise au point faite; on lance la tourne.

Doug frappe sa contrebasse. Elle sonne comme son prénom: grasse et crapuleuse, avec en plus cette caractéristique des contrebassistes de jazz qui donnent toujours l'illusion d'être en retard "Mais bon Dieu Doug, qu'est-ce tu fous tu tournes ou bien?!". Ce n'est qu'une illusion qui lui permet de mieux se faire remarquer, il sera toujours à temps sur le beat, en pilonnant ses notes à coup de masse.

Son compère, c'est évidemment Max qui balaye la peau tendue de la caisse claire et le cuivre des cymbales. Un peu hautain, il se met en retrait, observe celui qui souffle dans son cornet. Caché derrière tout son attirail fait de zinc, de chrome, de bois et de peaux, il lance des clins d'oeil à Doug et pointe Sonny du menton, il en a dans le coffre le petit jeune. On va passer une bonne soirée.

Tommy est le quatrième, le pianiste préféré de Sonny. Il plaque timidement ses accords, il sait que ce soir, encore une fois, il ne sera pas la vedette. Tant pis. Jouer juste, jouer léger, surtout ne pas trop en faire, faire le boulot. Il aura bien sa chance à un moment ou un autre, Sonny lui a promis quelques mesures de gloire.

Revenons au Saxophone colossus. Il joue physique, il transpire. C'est un combat entre lui et le public, un combat pour déployer l'excellence. Sa colonne d'air monte et propulse les notes comme des claques dans nos tronches boutonneuses. Les muscles de son visage et de son cou se tendent et se crispent sur les notes aigües. Il se relache totalement dans les profondeurs graves, là où il faut plus de volume d'air que de pression. Il balaye toutes les octaves en distribuant les montants droits, gauches, et les crochets. Ce n'est pas le genre de musicien à garder les gants levés en protection. C'est un poid lourd qui frappe pour faire mal. Sonny conçoit la musique en trois dimensions: La mélodie toujours efficace. La rythmique complexe et variée. Enfin la couleur des notes: une palette allant de la pureté harmonique absolue à la crasserie de bar à putes. Il colore ses notes avec sa salive, ses lèvres, son corps. Jamais il n'en fait trop. Il rebondit sur les croches, saute les contre-temps, jongle avec les doubles, nous balade d'un point à l'autre du spectre sonore. Jusqu'au moment où, fatigué de nous démontrer son talent, il nous achève avec une note: C'est le Knock Out, à la troisième minute, septième seconde. Revoyons l'action: il prend son élan, balance un uppercut nous projetant dans les étoiles, nous achève avec un bon crochet du droit sur une note venue de l'espace. C'est fini. Je jette l'éponge, je m'incline, Sonny t'as gagné.

Après cette cuite monstrueuse, il s'accorde le repos du guérrier et transmet les ficelles à Tommy qui part dans une impro toute en touché. Tommy semble nous offrir ces notes fleuries afin que l'on puisse pardonner aux quatre lascars cette claque encore vivace qui chauffe encore nos oreilles. C'est bon, ça ira pour cette fois, on redescend sur terre. Le temps de comprendre ce qui vient de se passer, Sonny reprend le lead et nous embarque à nouveau dans des envolées de 3 octaves, mais c'est terminé. Le combat est fini. Personne ne croit plus à ses chances de vaincre, chacun se laisse littéralement projeter vers le ciel.

 

Sonny Rollins - Saxophone

Doug Walkins - Contrebasse

Max Roach - Batterie

Tommy Flanagan - Piano

Sonny Rollins - Saxophone Colossus

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 02:49

mela.jpg

Béni soit l'ignorant.

Béni soit le paradis, avant que l'Homme ne touche à l'arbre de la connaissance, lorsqu'il se contentait de vivre pour vivre, en travaillant juste ce qu'il fallait pour mieux apprécier le repos, en s'éloignant de sa compagne juste ce qu'il fallait pour mieux apprécier de la revoir. Béni soit l'Homme qui ne se posait pas de questions philosophiques sur la vie, parce que de toute façon, il était là, Dieu. Réponse Universelle. La recherche de la vérité n'a commencé qu'une foi celle-ci perdue.

Béni soit l'Homme lorsqu'il était animal de Dieu, au Paradis. Qu'est donc l'Homme du paradis sinon un animal?

Béni soit-il lorsqu'il ne cachait pas sa nudité, parce qu'il ne savait pas, il ne se "rendait pas compte".

Béni soit l'Homme qui n'était pas curieux (on dirait aujourd'hui à tort qu'il était simplet) et qui ne se préoccupait pas de savoir mais d' "être", comme les animaux, exister pour exister.

 

Et pourtant, nous l'avons mangée, la pomme; poussés par la curiosité (sans doute est-ce le premier défaut de fabrication de l'histoire). L'Homme n'a pas voulu s'abandonner complètement à Dieu, il a voulu compter sur ses propres forces, voler de ses propres ailes. Il n'a pas voulu l'écouter. Il est sorti du Paradis comme un fils abandonne la maison du père, prêt à se brûler les ailes en échange de liberté et d'émotions. L'homme veut Savoir, il veut connaître la vérité, le bien comme le mal. C'est ici que commence l'histoire de l'humanité. Le savoir, les premières inventions, la production, les armes, la guerre, les premières atrocités. L'évolution croit en parallèle avec la destruction. C'est une malédiction de l'humanité. L'homme a abandonné le Paradis car il ne voulait plus être un animal.

Hier, aujourd'hui, demain, ce qui nous attends est corruption, abus, violence, torture. Depuis les premiers temps, l'humanité est marquée par son pêché originel. L'Homme, qui est un grand stratège, essaye de résister à cet enfer en fermant les yeux, en se construisant sa propre image du monde, un postiche de quiétude dans un cercle infernal dantesque. C'est comme cela qu'il se sauve d'aujourd'hui et qu'il peut continuer à avancer jusqu'à demain. Mais en faisant ainsi il renonce à la passion qui l'a porter sur Terre: la passion pour le savoir, la passion pour la recherche de la vérité; et il reste à mi-chemin, entre paradis et enfer, pour l'éternité de la vie.

 

Aujourd'hui nous n'avons jamais été aussi loin d'Adam et Eve. Je crois que le Paradis est ici, sur Terre, mais nous n'arrivons pas à le voir ni à le vivre, à cause de notre esprit qui manque de légèreté, qui est trop lourd, notre cerveaux nous encombre. Nous recherchons la vérité dans le fin fond de l'Univers alors qu'elle est là, en nous. Légèreté de l'esprit et du coeur, renoncement à l'omniscience et abandon totale à Dieu: c'est le prix du Paradis.

 

Mais une fois la pomme mangée, il est impossible de retourner en arrière.

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 16:26

24_heures_chrono_03.jpg     

Ca y est. 24 heures chrono, la série événement des années 2000 vient de tirer sa révérence après huit saisons et 192 épisodes.Damn it! Petite précision, je ne suis pas fan « de la première heure » de cette série que j’ai commencé à dévorer à partir de la troisième saison, mais il me semblait important de mettre en avant pourquoi 24 a, à mon sens, réellement bouleversé la façon de « créer » des séries.

Diffusée à partir du 6 novembre 2001 sur le réseau Fox, une chaine conservatrice américaine, la série 24 est, sans le savoir, une « fille du 11 septembre ». La première saison, qui avait été tournée avant les attentats sur les deux tours jumelles, n’évoquait pas le thème islamiste, celui-ci faisant partie centrale de la trame qu’à partir de la saison 4.

La force de la série 24, qui mettait en scène l’agent Jack Bauer (Kiefer Sutherland, est celle de s’être fortement inspirée du réel pour construire une histoire sans tabous, sans frontières et sans règles. Bref, l’histoire de la vie de tous les jours. Ci-dessous, quelques explications sur ce qui me fait dire qu’il y aura eu un « avant » 24 et un « après » 24.


Visionnaire. Un président des Etats-Unis noir, il fallait oser. Sept ans avant le sacre de Barack Obama à la tête du pays, les scénaristes avaient eu l’idée de placer à la Maison-Blanche un afro-américain, David Pallmer (interprété par l’acteur Dennis Haysbert).

Sept ans, ce n’est pas rien. A l’époque, en pleine période « Bush », et face à une Amérique renfermée et isolée sur elle-même, qui aurait osé faire un tel pari ? Ce n’est pas tout, car les ambitions présidentielles d’Hilary Clinton pousseront par la suite les scénaristes à placer une femme à la tête du pays à partir de la saison 7. Si cette fois le scénario fictif ne s‘est pas réalisé (Hillary Clinton ayant été battue par Obama lors des primaires), le caractère visionnaire de la série mérite des éloges.


Audacieuse. La torture, thème tabou s’il en est, a toujours fait partie intégrante de 24. Accusée de justifier l’utilisation d’une telle pratique, la série s’est contentée de décrire la réalité de la guerre dans sa vérité la plus crue. Ce n’est pas en offrant des croissants au chocolat à un ennemi qu'il va nous dire ce qu'on attend de lui. Tous les moyens sont bons pour faire parler quelqu’un, c'est le principe de la guerre.  Il faut rendre hommage aux scénaristes qui ont résisté à l’autocensure et ne sont pas tombés dans le « politiquement correct ». Eparpillée au gré des épisodes et des saisons, la torture devient, au cours de la seconde partie de la saison 8, le thème principal de la série, son fil conducteur. Entre autres, la simulation de noyade  y est clairement montrée, elle qui a fait il y a quelques temps la une des journaux suite aux pratiques avouées par certains agents de la CIA. Petite précision, 24 ne prend pas partie en faveur de la torture ou pas. C’est au spectateur lui-même de se demander jusqu’où on peut aller pour faire parler un terroriste.


Rétro. Difficile de maintenir intacte la curiosité d’un spectateur en lui offrant seulement une ou deux trames par saison. Pourtant, 24 y est arrivé an ayant l’idée géniale de faire dérouler les événments en temps réel : un épisode=une heure. Du coup, impossible de décrocher tant qu’on n’a pas vu la fin de la journée, soit les 24 épisodes.  C’est finalement le retour à un concept des séries d’autrefois, type Dallas, où chaque épisode venait compléter celui précédent afin de créer ce qu’on appelle une grande saga. 24 n’a par exemple rien à voir avec une série comme X-Files, où le thème central, la mythologie, est évoqué dans seulement 75 épisodes sur 201.


Ni gentils, ni méchants. Coups tordus, trahisons, changements de camps… Tous les personnages de 24, sans exception, ont été soumis au moins une fois à la tentation ou à la perte d’un être proche (plusieurs fois pour Jack Bauer). De quoi se remettre en cause et vouloir tout « foutre en l’air ». Encore une fois, les scénaristes visent à interpeller le spectateur : « que feriez-vous si vous aviez tout perdu » ? Malmené comme jamais dans l’ultime saison, Jack n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est un monstre déshumanisé, sans repères, assoiffé de vengeance suite à la perte de celle qui venait de devenir sa compagne. La justice, cette idée que lui-même s’est fait un point d’honneur de respecter tout au long de sa carrière, n’a plus aucun sens. Et c’est là que 24 frappe fort. Car il fait dire au spectateur « est-ce que je ferais pas pareil à sa place ? ».

Il y a encore mille et une raisons qui font de 24 LA série événement de ces dernières années. Pour l’instant, je ne vois pas de relève à l’horizon. Et vous ?

Trailer d'un épisode de 24 de la saison 8 

 

 

 

 

 

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 02:19

bubby.jpgVendredi soir, Arte, 2h du matin. Je tombe sur Bad Boy Bubby. D’après l'heure de programmation et la chaîne de diffusion...  je m'attends à du lourd.

Avant de donner mon opinion, une précision est nécessaire: je ne suis pas du tout cinéphile, tout au plus cinévore, dans le sens agressif: Je déteste la plupart des films que je vais voir. Je n'ai jamais pu regarder un Spiderman, Ironman, Superman, ou Batman. Je n’ai jamais dépassé la 20éme minute de film classé dans la catégorie Chef d'œuvre tel que Star Wars ou Matrix. Bref, je suis en conflit ouvert avec le cinéma.

 

Bad Boy Bubby, de Rolf De Heer, est un film qui demande un effort au spectateur: horrible à regarder, dérangeant, il balaye toute l'esthétique du cinéma des dernières années. On y voit des corps nu, laids, gros, des gens "Affreux, moches et mechants" dans le style de Ettore Scola. On y voit aussi un acteur phénoménal, Nicholas Hope qui a un petit air de Jack Nicholson dans Shining, et dont la prestation est comparable à ce dernier. Ce film est un supplice à regarder, non pas parce qu’il est mauvais, au contraire, mais parce qu’il dépeint une certaine vision de l'humanité, de l'enfance, de la folie, et il le fait bien. Ce film nous balance en pleine figure notre image la moins reluisante, notre reflet brut. Le seul film qui m'ai dérangé à ce point, c’est, dans un autre style, "Salò o 120 giorni di Sodoma" de Pier Paolo Pasolini. C'est dire.

 

L'histoire: Bad Boy Bubby c'est l'histoire d'un enfant né dans une famille médiocre, le père "prêtre à mi-temps" part dès la naissance de son fils qui passera les 35 premières années de sa vie reclus dans un taudis sans pouvoir sortir (sa mère lui fait croire que l'air extérieur est empoisonné et le fait surveiller par un crucifix: "Jésus vois tous ce que tu fais et me le raconte"). À 35 ans il a l'âge mentale d'un enfant de 3 ans, sa mère le bat régulièrement, lui fait l'amour, le nourrit, suivant son humeur. Bubby, lui, passe son temps à martyriser son chat. C'est à cet âge que son père revient au foyer familial et déstabilise l'équilibre précaire du couple mère/fils. Bubby ne fait pas encore la distinction entre le bien et le mal, la vie et la mort. Il réagit donc à cette invasion en tuant père et mère. C'est ainsi que, pour la première fois, il se trouve obligé de sortir de chez lui, pour se procurer de la nourriture, et qu'il découvre le monde extérieur. A partir de ce moment il apprendra à parler, et commencera son évolution vers l'âge adulte, en rencontrant des personnages au long de ses déambulations.

 

Les thèmes abordés: Il y a énormément de thèmes abordés, parfois de façon fugace (la condition des handicapés et leur rapport au sentiment amoureux, le milieu artistique, le monde actuel etc.) mais toujours juste et puissante. On peut toutefois dégager 4 grandes lignes conductrices: l'enfance maltraité, le complexe Oedipien de Freud, l'allégorie de la caverne (Platon), et enfin la religion (seul thème qui, à mon avis, est abordé maladroitement et superficiellement). Je vais essayer de développer ici deux de ces thèmes.

Le film est une magnifique représentation cinématographique de l'allégorie de la caverne de Platon. Bubby est enfermé dans son taudis et dans sa tête. Jusqu'à ses 35 ans il ne connaît pas la réalité du monde, la lumière du jour. Lorsqu'enfin il est libéré (il se libère, sans vraiment le vouloir ni le savoir), le choc avec la réalité de l'extérieur est violent, il souffre tellement de cette nouvelle vérité qui s'impose à ses yeux qu'il en arrive à retourner se réfugier, pendant un instant, dans sa "caverne" originelle. C’est en se faisant violence, littéralement, qu'il comprendra ce nouveau monde, qu'il acquerra le savoir et qu'il pourra commencer son évolution vers l'âge adulte. Cette allégorie de la caverne, on la retrouve à mon avis à un deuxième niveau: celui du spectateur du film, de moi, de vous. Au début du film, nous sommes dans notre caverne, coincés dans notre monde, constitué de boulot (pour les chanceux), famille, amis, télévision, supermarché; ne percevant que les ombres qui nous entourent. Rolf De Heer nous expose à la lumière extérieure, à une vérité globale, universelle (telle qu'il la perçoit, évidemment), et ce à travers des images crues, mais ô combien juste. La tentation, pour le spectateur, de retourner dans sa caverne en éteignant la télé (ou en sortant du cinéma) est bien réelle, mais ceux qui ont accepté ou qui accepteront de regarder la réalité que nous montre Rolf De Heer, arriveront -après métabolisation du film- à trouver une certaine lumière dans ce monde sombre que peint De Heer.

Le deuxième thème du film que je veux développer, cette fois-ci dans un sens critique, est celui de la religion. Dans l'optique de Rolf De Heer, Dieu est responsable des malheurs de l'enfant Bubby, dans la mesure ou il est coupable par son absence, il n'existe pas, il n'est pas là pour sauver les hommes, et que, au contraire, ceux-ci justifient leur violence en Dieu ou par Dieu. Le film est clairement athéiste, mais, à mon avis, maladroitement. La conception de la religion n'a rien d'une analyse profonde, c'est plutôt un condensé d'excès comportementaux, ou de dérives fanatiques. Les arguments qui convertirons Bubby à l'athéisme "si Dieu existait, il ne laisserait pas mourir de faim des millions d'enfants" ou encore "si Dieu existe, alors il est inférieur à l'homme, car il a construit le chaos, dans lequel nous, humains, sommes capable de crée et de nous organiser", sont, soyons honnêtes, des répliques en dehors du standard qualitatif du film. Mais le film de De Heer est fait de manière à ce qu'on puisse avoir une interprétation différente de celle du réalisateur, même par rapport à son propre film. En effet le monde sans Dieu qu'il nous présente n'est pas très alléchant. C'est un monde où les meurtriers (Bubby) et les violeurs ne sont coupables de rien. Où il n'y a ni bourreau ni victimes (le viol de Bubby  par un détenu en prison passe entre deux scènes comme une banalité). C'est un monde sans bien, sans mal, sans compassion, sans justice, où la seule vertu qui persiste est la capacité d'Aimer. Ce monde sans Dieu est... chaotique. Justement.

 

Rediffusion: le dimanche 30 mai 2010 à 3h00 du matin sur Arte 

 

Bad Boy Bubby - 1993

Film Australien de Rolf De Heer

Réalisation : Rolf de Heer

Scénario : Rolf de Heer

Production : Rolf de Heer, Giorgio Draskovic, David Lightfoot et Domenico Procacci

Acteurs principaux:

Nicholas Hope
Claire Benito
Ralph Cotteril
Carmel Johnson

Distinctions:

Prix spécial du jury, lors de la Mostra de Venise en 1993.

Prix du meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur montage et meilleur acteur pour Nicholas Hope, lors des Australian Film Institute Awards en 1994.

Prix du meilleur réalisateur, lors du Festival international du film de Seattle en 1994.

Prix du public, lors du Festival du film d'action et d'aventures de Valenciennes en 1995.

 


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