Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 18:44

Pour marquer la sortie de Silvio Berlusconi du parlement italien, ci-dessous un article que j'avais publié en 2008 sur mon blog italien et retraçant de façon chronologique l'entrée précipitée du "Cavaliere" en politique. Cet exercice permet de une mise en perspective des évènements historiques de cette époque et ainsi de comprendre le pourquoi de cette entrée en politique. (pour approfondir chaque point, des liens sont disponibles vers les documents télévisés de l'époque)

 

1992, Janvier

Confirmation à la surprise générale, de la sentence du maxi procès  de Palerme (premier grand procès du Pool anti mafia des juges Falcone et Borsellino) qui se déroule dans un bunker spécialement construit pour l'occasion: 360 condamnés, 2665 ans de prison plus 19 perpétuités distribuées. Révolte de la sphère mafieuse pour une "parole non respectée" (cf. lien ci-dessus).

 

1992, 17 Février

Arrestation de Mario Chiesa, à partir de là Tangentopoli éclate dans les médias nationaux et internationaux (Opération "Main propres" suite aux scandales de corruption du monde politique et économique). C'est l'implosion de la classe politique italienne. C'est la fin de la Democratie Chrétienne (DC). C'est la fin de Andreotti au pouvoir après 40 ans de DC.

Qui est Andreotti? La magistrature (sentence d'appel du procès, 2 mai 2003) distingue les faits allant jusqu'à 1980 et ceux successifs: Jusqu'au printemps 1980 Andreotti a "commis le crime de participation à l'association mafieuse Cosa Nostra "[crime n'existant pas en France ]. Ce crime est extinct pour cause de prescription. Pour tous les faits successifs à 1980, Andreotti est absous. La sentence parle en outre d'une "authentique, stable e amicale disponibilité de l'accusé envers les mafieux jusqu'au printemps 1980". En cassation (15 octobre 2004), la cour confirme et précise dans les motivations "la sentence a révisé son jugement non plus en une simple disponibilité mais en une plus ample et juridiquement significative collaboration avec l'association mafieuse Cosa Nostra". En termes plus compréhensibles, Andreotti était le référent politique de la Mafia au sein de l'Etat.

Avec Tangentopoli et la fin de la DC, il se crée un vide politique: la mafia cherche un nouvel interlocuteur.

 

1992-1993 Guerre frontale contre l'Etat

1992, mai. Attentat au juge Giovanni Falcone.

1992, Juillet. Attentat au juge Paolo Borsellino.

1993, Janvier. Salvatore Riina, présumé chef de Cosa Nostra est arrêté. De nombreuses polémiques éclatent suite à la non perquisition du refuge du fugitif.

1993, Mai. Attentat à la galerie des Offices de Florence.

1993, Mai. Attentat à Maurizio Costanzo (présentateur emblématique de la télévision italienne, maître maçonnique de la loge P2 alors que Berlusconi n'était encore qu'un simple adhérent. Costanzo était en outre contre la naissance du parti Forza Italia)

1993, Juillet. Attentat de la rue palestro, Milan

1993, Juillet. Deux attentats à Rome

1993, Décembre. Attentat (avorté pour "causes techniques") au stade Olympique de Rome.

 

1994, Création de Forza Italia et retour au calme

En Janvier, Marcello Dell’Utri et Silvio Berlusconi créent Forza Italia.

Au même moment, un deuxième attentat au stade olympique de Rome est cette fois-ci annulée au dernier moment par les mandataires à l'aide d'un appel téléphonique aux exécuteurs.

 

Qui est Silvio Berlusconi, chacun se fera sa propre idée.

Qui est Marcello Dell'Utri? Le 11 décembre 2004, le tribunal de Palerme condamne Dell'Utri à 9 ans de réclusion pour concours externe en association mafieuse. Le sénateur est aussi condamné à 2 ans de sursis, outre l'interdiction à perpétuité d'effectuer des fonctions publiques. Dans les motivations de la sentence on peut lire: "la pluralités des activités de Dell'Utri a constitué une concrète, volontaire, consciente, spécifique et précieuse contribution au maintien, à la consolidation et au renforcement de Cosa Nostra, à laquelle Dell'Utri a aussi offert l'opportunitée d'entrer en contact avec d'importantes sphères de l'économie et de la finance, aux fins de l'aider à poursuivre des fins illicites, aussi bien économiques que politiques". La sentence dit que le parti politique Forza Italia a été construit sous l'impulsion de Marcello Dell'Utri aussi dans le but de venir à la rencontre des exigences de Cosa Nostra.

Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi

Marcello Dell'Utri et Silvio Berlusconi

Sentence Andreotti 2005 (ITA)

La dernière interview de Paolo Borsellino, traitant entre autre de S. Berlusconi, réalisé par deux journalistes français, Fabrizio Calvi et Jean Pierre Moscardo pour Canal +.

La nécronologie de Berlusconi

Partager cet article

Repost 0
Published by UcCaBaRuCcA - dans Histoires d'Italie
commenter cet article
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 10:05

John-Paul-I.jpg28 Septembre 1978. Albino Luciani, mieux connu sous le nom de Jean Paul Ie meurt d'un infarctus. Seulement 33 jours après être ordonné Pape de l'église catholique Romaine. C'est le plus court pontificat de l'Histoire, et malgré la proximité temporelle de cet évènement, peu de gens en France se souviennent de son passage au Vatican juste avant Jean Paul II.

Albino Luciani est né en 1912 dans une région pauvre du Nord de l'Italie. Son père était un travailleur saisonnier, socialiste. Malgré cela il devint prêtre en 1935, évêque en 1958 et Cardinal en 1973. Albino Luciani avait des positions très orthodoxe sur le plan doctrinal, toutefois il était adoré par les catholiques de par sa personnalité populaire, et sa sensibilité aux problèmes sociaux. Il prêchait pour un retour aux valeurs originelles du catholicisme, la pauvreté en particulier.

Son élection s'est décidé en seulement 26 heures. Elle fut le fruit d'une médiation entre les franges orthodoxes et les partisans d'une reforme du concile Vatican. Comme un présage, lors de l'Habemus Papam, la fumée qui -comme le veut la tradition- devait être blanche  fut dans un premier temps grise, puis noire, probablement à cause d'une erreur lors du déclenchement de la fumée. Luciani fut élu parce qu'il était italien, et surtout parce que les deux factions n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur les deux favoris au poste suprême (le Cardinal Giuseppe Siri et le Cardinal Giovanni Bennelli). C'est ainsi qu'à la surprise générale, Albino Luciani devint Jean Paul I.

 

Dès les premiers jours du pontificat, un vent nouveau se fait sentir sur le Vatican. Jean paul I demande à parler à la foule, ce qui lui est interdit (2 mois plus tard, Jean Paul II sera le premier à le faire). Il abandonne le plurale maiestatis, et s'adresse aux gens en utilisant la première personne du singulier, il refuse le trône ainsi que la chaise à porteurs encore en usage à l'époque. Il fut le premier Pape à se présenter comme un simple être humain, ce qui peut sembler normal aujourd'hui ne l'était pas à l'époque. Sa première phrase, prophétique, en tant que Pape fut "Tempestas magna est super me", une grande tempête est sur moi, comme pour révéler la peur qu'une telle charge implique à un homme seul. Sur la Vidéo publié à la fin de l'article, on se rend bien compte de son coté "populaire".

La plus grande tempestas éclate lorsque Jean Paul I rappelle l'Eglise aux valeurs de base du catholicisme. II était très sensible à la misère du Sud du monde, et il soulignait l'inutilité de l'opulence de l'occident, sans mâcher ses mots même à l'encontre des richesses de l'Église Catholique et de la Banque Vaticane. Il voulait que Humilitas redevienne la devise de l'Église.  D'un point de vue politique, certains ont cru voir une tendance socialiste chez Jean Paul I, qui lorsqu'il parla de la question sociale, évoqua le devoir de donner le juste salaire aux travailleurs. Jean Paul I avait commencé à élaborer une politique de redistribution des richesses de l'Église Catholique Italienne.

Avec ce Pape, la politique et la gestion économique de l'Église prennent le chemin d'un grand bouleversement. Luciani veut redistribuer la quasi totalité des richesses de l'Eglise. Du coté de la Banque vaticane, on s'inquiète.

33 jours après sa nomination, Albino Luciani fait un infarctus du Myocarde.


La version Officielle:

D'après le communiqué du Vatican, Luciani est mort entre 21h30 et 4h45, à cause d'un infarctus du myocarde. C'est John Magee, second secrétaire personnel du Pape qui l'a découvert dans son lit.

Après le décès du Pape, le collège des cardinaux prennent la décision de refuser l'autopsie du corps, ce qui fut fortement contesté à l'époque, car une autopsie aurait permis de définir clairement et précisément les causes du décès.

Une deuxième version corrigea quelques inexactitudes. Ce ne fut pas John Magee mais Soeur Vincenza Taffarel qui découvrit le corps du Pape, sur la table de chevet se trouvait non pas le livre "L'imitation de Jésus Christ" mais  des notes prises à la main par le Pape lui-même, une liste de noms.

La cause du décès enfin fut contestée: un infarctus du myocarde doit en théorie laisser des traces de douleur sur le corps de la victime, Luciani n'en avait pas.

Jusque là rien de bien intriguant, la plupart  des gens pensent (y compris la famille de Albino Luciani) qu'il est mort d'une embolie pulmonaire, due au stress, à ses antécédents médicaux, et à sa personnalité fragile et peu adaptée à gérer une forte pression.

 

La version crapuleuse:

marcinkus.jpgPendant les années suivantes, une autre théorie prend place: celle de l'assassinat. Le Vatican est, à l'image de l'humanité, rempli de gens parfois peu scrupuleux. Voici la principale thèse.

L'élection de Albino Luciani a mécontenté certains représentants de l'Église ayant à faire avec l' "institut pour les oeuvres de religions" I.O.R., la banque Vaticane, certains hommes d'affaires, banquiers, et certains hommes de pouvoir faisant partie de la Loge Maçonnique  dévié P2 (cette loge fera l'objet d'un article prochainement). Parmi ces représentants, notons un nom, Monseigneur Paul Marcinkus (photo), président de la Banque Vaticane. Les changements que voulait introduire Jean Paul I furent si important que Marcinkus se laissa aller à un commentaire "ce Pape n'est pas comme le précédent, vous verrez que les choses vont changer". En effet, comme nous l'avons déjà vu, dès ses premiers discours Luciani avait émis le désir de reconduire l'Église Catholique à ses idéaux de charité Chrétienne, refusant l'ingérence de l'Église dans les affaires économiques internationales, et repoussant toutes spéculations de ses biens comme le ferait une banque quelconque, et aussi, de contraster fermement l'appartenance d'ecclésiastiques à des loges maçonniques. Un de ces cardinaux franc-maçons était Jean-Marie Villot (Cardinal secrétaire d'état, un des premiers à être entré dans la Chambre le jour du décès. Sur le bureau on a trouvé la revue "Il mondo" ouverte sur un article intitulé "Votre Sainteté... est-ce juste?", un document détaillé sur la moralité douteuse de la Banques Vaticane.

D'autre part, il y a plusieurs incongruences entre la version officielle et la version rapporté par les témoins direct:

  • - Luciani, aurait été retrouvé mort avec en main le texte l'imitation de Jésus Christ, alors qu'ensuite on dit qu'il avait en main des feuilles manuscrites, avec une liste de noms importants de la curie, nom de personnes qui auraient été destitués.
  • - L'heure de la mort, au début on parle de 23h, ensuite de 4h du matin.
  • - La découverte du corps, d'abord par John Magee, pour ensuite découvrir qu'il a été découvert par une soeur.
  • - La disparition de tous les objets personnels de la chambre du Pape, (lunettes, pantoufles, notes écrites, le flacon d'effortil etc.)

L'enquête du journaliste David Yallop conclut que les coupables seraient Licio Gelli, Grand Maître maçonnique de la loge P2 aidé de:

  • - Michele Sindona (banquier de la Mafia, nommé par Paul VI conseiller financier du Vatican et membre de la Loge P2) et Roberto Calvi (Président du Banco Ambrosiano, étroitement lié à la Banque Vaticane, et membre de la Loge dévié P2, c'est le fameux "Banquier de Dieu" qu'on retrouvera assassiné et pendu sous un pont à Londre en 1982) 
  • - Paul Marcinkus, Président de la banque Vaticane, le prétendu chef d'orchestre de l'opération.
  • - John Patrick Cody, Cardinal de Chicago, auquel la court Fédéral des USA s'intéressait pour une gestion financière discutable.
  • - Jean-Marie Villot (photo), qui aurait appuyer l'opération. 

Le témoignage d'un repentit de Cosa Nostra (que vous pouvez lire ici), Vincenzo Calcara, fait à Paolo Borsellino et rendu publique en 2008  vient confirmer en partie les thèses de David Yallop. On y lit que un complot de 4 cardinaux (Jean Marie Villot, Pasquale Macchi, Giovanni Benelli et d'un certain "Gianvio", tous membre, comme Paul Marcinkus, de l'ordre du Saint Sepulcre et en contact direct avec Antonio Albano, le notaire de Giulio Andreotti, Luciano Liggio et Franck Coppola, ces 4 cardinaux donc auraient utilisé Marcinkus pour assassiner le Pape avec une très forte dose de calmants, avec l'aide de son médecin personnel. Calcara dit que les motivations sont à rechercher dans l'aversion de Jean Paul I envers l'idée que les cardinaux administrent d'énormes richesses à travers le IOR. Il avait d'ailleurs déjà décidé de débouter certains cardinaux qui se servaient de la position de Marcinkus et de ses contacts pour le manipuler.

L'idée révolutionnaire de Luciani était de redistribuer 90% des richesses de l'Église dans le monde, en construisant des Églises, des écoles, des hôpitaux etc. alors que le 10% restant aurait été réservé pour le fonctionnement de l'Église.

220px-Roberto_Calvi.jpg200px-Licio_Gelli_sui_quotidiani.jpg200px-Villot.jpgfranklinsq_michele_sindona1.jpg

 

Objectivement, nous n'avons aucun indice suffisant ni aucune preuves pour dire que le Pape est été assassiné. Toutefois comme nous l'avons vu sommairement, beaucoup avaient intérêt à le voir disparaître, et les activités de la loge P2, et leurs ingérences dans l'Etat italien (le coup d'Etat raté, l'operation Gladio, le "plan de renaissance Démocratique"de la loge P2) ne permettent pas de qualifier cette théorie de fantaisiste.

 


 Autres Histoires d'Italie:

Partager cet article

Repost 0
Published by UcCaBaRuCcA - dans Histoires d'Italie
commenter cet article
17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 17:53

enrico-mattei-al-centro

 

"Enrico Mattei, l'italien le plus puissant depuis Cesar"

Titre du Time Magazine en 1962

 

Tolstoï disait dans "Guerre et Paix" qu'il n'y a pas de Héros dans L'Histoire, et que l'individu (il parlait tout de même de Napoléon et du Tsar Alexandre) ne peut pas changer son cours. L'Histoire avance d'elle-même, par une série de coïncidences parmi lesquels s'inscrivent les actions des grands hommes. Je suis tout à fait d'accord avec la première affirmation, toutefois, concernant le rôle que peuvent avoir certains hommes sur le cours de l'évolution historique, je suis plus mitigé: il y a des personnages qui influent grandement sur les évènements, et qui par leurs actions méritent une place particulière dans les livres. Enrico Mattei est un de ses hommes, et je vais vous raconter ici son Histoire. La vie de cet homme aurait pu avoir une influence sur le cours du XXème et XXIème siècles, elle s'inscrit dans le cadre de la guerre entre les 7 grandes compagnies pétrolières qui ont monopolisé le secteur énergétique pendant des décennies, et influence directement l'équilibre géopolitique mondial et le rapport de forces des 2 blocs: Soviétique et Occidental.

C'est le genre d'Histoire qu'il est important de connaître pour comprendre à quel point nous vivons dans un monde régi  par des enjeux politiques et économiques, et que, pour l'élite qui a le pouvoir, la morale, le bien et le mal, ne sont que des leurres servant à maintenir le peuple dans sa torpeur, dans sa société virtuelle où règne un semblant d'ordre, alors qu'au dessus de ces sociétés règne l'anarchie, la loi du chaos, la loi du plus fort.

C'est le genre d'Histoire qu'aucun scénariste n'aurait la fantaisie d'imaginer ou l'audace de raconter. En effet comment pourrait-on mélanger dans un  film la CIA, les services secrets Italien, le crime organisé, les différents gouvernements, le colonialisme, les pays producteurs de pétrole, la révolution iranienne, et, au milieu de tout ça, un seul homme, ni blanc ni noir, ni héros ni escroc, mais qui sait où il veut aller, et qui a un projet ambitieux: rendre l'Italie indépendante au niveau énergétique.

 

Octobre 1962, 27éme jour du mois. L'avion privé Morane-Saulnier MS-760 Paris, parti de Catane pour rejoindre Milan précipite dans les campagnes de Bascapé, en Lombardi. A' son bord, Irnerio Bertuzzi, le pilote; William Mac Hale, un journaliste américain; et Enrico Mattei.

 

Enrico_Mattei.pngQui est Enrico Mattei? Il est né en 1906 à Acqualagna, petit village anonyme dans la région tout aussi anonyme des Marches, en Italie. Son père était sous-officier chez les carabiniers. Pas très doué à l'école, il est envoyé par son père dans un atelier de construction de lits métalliques, en tant qu'apprenti. C'est là qu'il entre en contact pour la première fois avec des produits chimiques, en particulier des vernis et des solvants. Il gravira les échelons jusqu'à travailler pour la Max Meyer à Milan, en tant que commercial dans les produits chimiques. L'ambition de ce self-made-man le porta à s'inscrire au parti fasciste en 1922, ce qui lui sera reproché  plus tard. Successivement il sera lié, jusqu'à la fin, au courant de gauche de la Democrazia Cristiana. Durant la guerre, il participera à la résistance avec les "blancs", les résistants d'extraction catholique. Il opérera dans les Marches pour le CLN, le Comité de Libération Nationale jusqu'à devenir un des principaux représentants de l'organisation partisane.  Il gravira, grâce à ses contacts avec les forces industrielles et le clergé, les échelons de la résistance. Arrêté par les agents de Ia nouvellement constituée République Sociale Italienne de Mussolini (ou République de Salò) il fera de la prison avant de s'échapper avec l'aide d'un gardien. Tous les hommes qui l'accompagneront par la suite seront des amis de cette époque, des compagnons de résistance.

Une vie bien remplie déjà, pour un homme de 39 ans. Mais l'Histoire ne commence que maintenant.

 

AGIPEn 1945, l'Azienda Generale Italiana Petroli, plus connue sous l'acronyme AGIP, était une institution publique qui s'occupait de la production, du raffinage, et de la distribution de pétrole. La société pétrolière a souffert  -comme toute l'Italie- de la guerre, et elle est au bord du gouffre. De plus, le secteur énergétique est à l'époque entièrement entre les mains des 7 soeurs: Esso (USA), Shell (GB), BP (GB),  Mobil (USA), Chevron (USA), Gulf Oil (USA), Texaco (USA). A' l'époque on est bien au-delà du lobbying, le pétrole est  géopolitiquement un facteur stratégique,  les 7 soeurs ont plus de pouvoir que les gouvernements. C'est pourquoi le monopole doit être défendu, même contre les petits Poucets du secteur*. Voici ce qu'écrit le secrétaire d'état américain à son ambassadeur à Rome le 22 Mars 1945: La participation du gouvernement Italien aux affaires pétrolières créerait une position concurrentielle telle,  qu'elle pourrait  conduire à des tentations de recourir à des pratiques arbitraires [en langage normal: l'Italie risque de ne plus se servir chez nous], si cette situation continue cela pourrait être désavantageux pour les consommateurs italiens et nocifs pour les relations commerciales italo-americaines. La position des USA est claire. AGIP doit fermer. Le 28 avril 1945, 3 jours après la libération, Enrico Mattei est nommé commissaire liquidateur de l'AGIP. Le boulot était simple: liquider et fermer l'entreprise. Mais dès qu'il fut mis au poste, Mattei  eut l'intuition du potentiel du groupe et de son importance pour le pays. Ignorant les pressions politiques (la gauche voyait dans cette entreprise étatique un héritage du fascisme, certains democristiani pro-americains étaient tout simplement contre une entité nationale pour l'exploitation du pétrole), Mattei réussit à relancer la machine, avec de la chance  en trouvant des petits gisements sur le sol italien,  avec une bonne communication, et des méthodes il est vrai peu conventionnelles (comme par exemple installer les canalisations de nuit, sans demander de permis aux mairie, ou par la suite en détournant d'immense quantité d'argent à utiliser pour  obtenir la faveur des partis politiques ou encore en se faisant faire des lois sur mesure). Après une éviction due aux pressions des Etat-Unis qui se rendaient compte que l'homme n'avait aucune intention de fermer la société, Mattei revint vite à son poste avec l'élection de son ami De Gasperi, fondateur de la Democrazia Cristiana, à la tête du gouvernement. En 1948 Mattei eut son premier succès d'envergure en découvrant un gisement de gaz près de Ripalta (Lombardie). Suite à d'autres découvertes dans la région, les industries Milanaises pouvaient avoir directement accès à des sources d'énergie à bas prix: le gouvernement ne pouvait plus parler de fermeture. En 1952, l'Agip se dota du fameux logo du chien à 6 pattes et devint ENI (Ente Nazionale Idrocarburi), une entité qui devait gérer toutes les politiques énergétiques du pays. Mattei en fut nommé président. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, les peurs devinrent de plus en plus réelles et l'inquiétude de voir l'émergence d'un concurrent se concrétisait.

 

482f4a8618323_zoom.jpgLes rapports entre l'ENi et les 7 soeurs et le gouvernement américain devinrent très tendus, aussi parce que L'ENI gonflait ses chiffres et se montrait plus importante qu'elle ne l'était en réalité. L'ENI, pour assoir sa position de 8ème grosse compagnie, essaya de rentrer dans le "Consortium pour L'Iran",  le cartel des 7 soeurs crée pour faire revenir sur les marchés le pétrole iranien après la crise de Abadan et la déposition de Mohammad Mossadeq. En entrant dans ce cartel, l'ENi aurait eu un accès direct à de grandes quantités de pétroles qui lui manquait. Mais la requête de Mattei fut repoussée. C'est à ce moment que Mattei forgea le célèbre surnom des "7 sorelle" aux 7 compagnies pétrolières. C'est aussi à ce moment que l'histoire prend une autre tournure: L'ENI décide de faire cavalier seul dans le monde du pétrole et de rivaliser ouvertement avec ses concurrents.  C'est un moment clef, car à l'époque seuls les USA et la Grande-Bretagne gèrent la production de pétrole dans le monde, et l'Italie de l'époque est très instable et loin de rassurer les forces occidentales:  le Parti Communiste obtient beaucoup de voix et on craint qu'elle ne sombre dans le bloc soviétique. C'est ainsi qu'une concession sera ouverte en Iran, grâce aux contacts de Mattei avec le Shah de Perse Mohammad Reza Pahlavi. En Iran se jouera une guerre civile entre les révolutionnaires armées par les 7 soeurs (le pétrole iranien aurait dû finir en Grande Bretagne) et le Shah qui était sensible aux intérêts italiens. C'est la première concession faite à un groupe non aligné avec les 7 soeurs: plus que de briser un tabou, c'est une révolution dans le secteur énergétique.

Mais la pression du cartel sur les pays producteurs est énorme et les portes se ferment graduellement pour L'ENI, qui est désormais un pétrolier sans pétrole.

petrole-carte-du-monde-copie-1

Mattei décide alors de fortifier sa structure jusqu'à la rendre aussi puissante qu'un état: il met de son coté l'opinion publique*, il lance un quotidien national, crée une vaste structure diplomatique avec des ambassadeurs de la société dans les 4 coins du monde, il se dote d'un réseau d'informateurs, peut-être a-t-il même bénéficié de la collaboration des services secrets italiens (comme les 7 soeurs ont bénéficié des services secrets américains et britannique). L'ENI voyant que les principaux pays producteurs ne veulent plus traiter avec le groupe italien, décide de sélectionner ses pays fournisseurs parmi les pays plus pauvres, avec lesquels Mattei jouera la carte de la similarité des conditions  de  développement par rapport à la grande puissance américaine (l'Italie était un pays relativement pauvre à l'époque, et n'était pas perçue [à tort] comme un pays colonisateur), et la carte de la franchise et du commerce équitable. Il instaura avec ses nouveaux partenaires (la Libye, l'Egypte, la Jordanie, l'Algérie, la Tunisie, le Liban, le Maroc ) une sorte de capitalisme éthique, en offrant aux pays producteurs des contrats beaucoup plus avantageux, et en leur laissant les droits de propriété des sols, ce qui n'avait jamais été fait auparavant. Tout ceci a une énorme influence sur la politique extérieure de l'Italie, qui en quelques années se rapproche énormément des pays du Moyen-Orient et du continent Africains en  traitant avec eux comme avec des États de première catégorie. L'épicentre des intérêts italiens se déplace nettement vers le sud. L'ENI suggère à son réseau de production de créer une institution transnationale des pays producteurs de pétrole (la future OPEC?). La situation est sans pareil en Europe, un pays est en train de se détourner du vieux continent sous influence du bloc américain. Il y a aussi une certaine gêne au niveau des représentants du gouvernement italien par rapport à l'allié américains. Mais les ministres ne peuvent rien faire: à cette époque, la politique extérieure de l'Italie c'est L'ENI, et l'ENI, c'est Mattei. L'équilibre mondial est en train de bouger, imperceptiblement, mais bien réellement. Un nouvel intermédiaire apparaît sur la scène mondiale, l'Italie, qui est en train de fédérer les états nord-africains et du moyen-orient autour d'un intérêt commun, ce qui pourrait créer un 3ème bloc sur la scène mondiale, plus petit, et énergétique celui-ci, en opposition (ou complément?) aux deux blocs militaires que sont les USA et l'Union Soviétique.

C'est le début de la confrontation ouverte avec les 7 soeurs et les Etats-Unis.

 

foto1ade.jpgC'est à ce moment qu'arrive ce qui à l'époque était considéré officiellement comme un "accident". Mattei avait déjà été victime d'attentats manqués, d'intimidations, de menace de mort. La politique économique de Mattei, sa vision du monde, son ouverture d'esprit dans les affaires, son refus d'obéir aux règles monopolistiques et antilibérales imposées par les pays les plus puissants, tout ça, combiné à la force de l'ENI qui disposait de plus de moyens de transport que l'armée italienne, lui amena beaucoup d'ennemis.

Depuis la réouverture du dossier en 1997, le crash du Morane Saulnier s'est avéré être un attentat, perpétré avec 150g d'explosif disposé dans la cabine, explosif qui se serait déclenché avec l'ouverture du train d'atterrissage.

La mort de Enrico Mattei empêcha l'ENI de continuer sa politique.

 

Hypothèse sur les mandataires:

Beaucoup de gens proches de E. Mattei furent assassiné par la suite, souvent par le crime organisé (le journaliste Mauro de Mauro, le général Carlo Alberto Dalla Chiesa, Boris Giuliano etc.) il ne fut jamais établi si ces crimes furent des crimes de mafia ou des crimes liés à l'affaire Mattei. Toutefois certains repentis, notamment Tommaso Buscetta, déclarèrent que ces assassinats furent une "faveur" faite par la mafia sicilienne (la plus forte à l'époque) à des opérateurs étrangers.

La seule vérité que l'on connaisse aujourd'hui, c'est que beaucoup avaient intérêt à voir Enrico Mattei disparaître:

- Les 7 soeurs, pour commencer. L'arrivée de l'ENI les a forcés à revoir tous leurs contrats, le montant des pertes (ou plus précisément, des revenues non perçues) par les 7 compagnies à cause de l'ENI était supérieur au PIB d'un Etat moyen. On fait des guerres pour moins que ça.

- La CIA. La proximité traditionnelle des compagnies pétrolières avec le gouvernement américain ne permet pas d'exclure le fait que la CIA aurait pu jouer un rôle dans l'affaire.Surtout parce que au-delà des questions énergétiques, la politique de l'ENI risquait de modifier la "balance of Power", l'équilibre des forces géopolitiques.

- La CIA avait aussi une autre raison d'éliminer Mattei. Nous sommes en pleine guerre froide, au moment de la crise des missiles de Cuba, et Mattei avait rompu l'embargo politique de la Russie en établissant une ligne commerciale. On peut noter aussi que peu avant l'attentat, les USA avaient condamné l'attitude de l'Italie qui soit-disant n'était pas loyale, et ne respectait pas ses engagements de l'Alliance Atlantique et de l'armistice. De plus, à cette époque les Etats Unis craignaient que l'Italie ne  bascule dans le bloc communiste, le fait de voir le centre de gravité du pays se déplacer sensiblement vers la Méditerranée n'a pas dû les rassurer.

- Une autre est celle de l'OAS (Organisation Armée Secrète). Concernant l'Algérie, Mattei avait publiquement annoncé qu'il renonçait à prendre les concessions du Sahara tant que l'Algérie ne serait pas un pays indépendant, il dénonçait  le fait que la France conditionnait, ou même gouvernait la gestion des ressources pétrolières Algérienne. Il mit le gouvernement américain dans une position délicate, car  après une telle prise de position, les 7 soeurs devaient faire de même, et par reflet  le gouvernement américain: ou pour le colonialisme et l'OAS (ce qui ne correspondait pas du tout à la politique extérieure des USA), ou contre le colonialisme et donc contre la France. Mattei reçu de manière insolite et préoccupante une menace de l'OAS qui lui "suggérait" de ne pas soutenir le Front de Libération Nationale Algérien.

- On a aussi parlé de mouvance interne à l'Etat italien. En 1962, Enrico Mattei était LE pouvoir, il représentait un Etat dans l'Etat, ce qui forcément limitait le pouvoir des membres du gouvernement, des élus, mais aussi des  autres centres de pouvoir moins institutionnel, très présent en Italie..

 

Ce qui semble certains, c'est que pour l'exécution de l'attentat, les mandataires se sont fiés à la  criminalité Organisée locale, la Mafia, quant à l'identité de ces mandataires: la justice n'a pas de réponse depuis la fin de l'enquête judiciaire en 2005.

 

Et enfin, pour se détendre, une petite cover que j'ai faite d'une chanson traditionnelle italienne (rien à voir avec l'article):

 

 


 

* Une anecdote racontée lors d'un discours en 1961 de Enrico Mattei est resté dans les mémoires:

"Il y a une vingtaine d'années j'étais un bon chasseur et je chassai souvent. J'avais deux chiens, un berger Allemand et un Setter, et à force de courir dans la vallée, de l'aube au crépuscule, les chiens étaient exténués. En retournant au gîte chez les paysans, la première chose que nous faisions c'était de donner à manger aux chiens dans une gamelle, qui aurait suffi pour 5 chiens! Un jour j'ai vu entrer un petit chat, tout maigre, affamé, faible.Il avait très peur et s'avança tout doucement. Le chaton regarda à nouveau les chiens, fit un miaulement et posa sa patte sur le rebord de la gamelle. Le berger Allemand lui donna un coup en l'envoyant à trois ou quatre mètres, et en lui cassant la colonne vertébrale. Cet épisode m'a beaucoup marqué. Voilà, nous avons été ce petit chat; durant les premières années..."

Cette histoire a suscité une forte sympathie pour Mattei, un élan d'orgueil national et un début d'anti-americanisme qui lui ont valu un soutien parmi la population.

 


 Autres Histoires d'Italie:

Les amis des amis

Partager cet article

Repost 0
Published by UcCaBaRuCcA - dans Histoires d'Italie
commenter cet article
9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 11:22

falcone_borsellino.jpgUn "scoop" a secoué dernièrement toute l'Italie: Il y aurait eu parmi les mandataires de l'assassinat des Juges Falcone et Borsellino (photo) des hommes d'Etat.

En vérité, tout le monde -parmi ceux qui se sont intéressés à ces 3 années sanglantes (1991 à 1994) où il y eut une opposition frontale entre le crime organisé et l'état Italien- tout le monde se doutait qu'il devait y avoir des appuis aux plus hauts niveaux de l'état pour permettre ces attentats. Mais voilà, une enquête de La Repubblica rouvre le débat. Pendant la semaine, les politiques ont fait semblant de découvrir  l'eau chaude et se sont montrés scandalisés en réclamant que vérité soit faite. Mais pas de panique pour les hommes de l'ombre, comme d'habitude en Italie, on recommencera bientôt à parler des cuisses de Miss Padania et de la énième résurrection de l'Unto Berlusconi, et tout sera oublié. Je saisi donc ici l'occasion de sensibiliser le lecteur Français qui a la mémoire (un peu) moins courte que son cousin Italien. J'en profite au passage pour vous donner l'image du crime organisé tel qu'elle est perçue en Italie, je vous garantis que ça change des films de Scorsese & Co.

Les plus jeunes d'entre vous ne se souviennent sûrement pas de Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.  Ces deux juges de Palerme ont été les premiers à instruire un procès sérieux contre le crime organisé en Italie, le fameux "Maxi processo" qui s'est soldé en 1992 par 360 condamnations dont 19 perpétuités et 2 665 années de prison.

Ces deux juges ont payé au prix fort leur sens de l'état et du devoir républicain. Le 23 mai 1992, Giovanni Falcone saute avec sa femme et ses gardes du corps sur une charge de  500kg de trinitrotoluène positionné sous une autoroute. Le 19 Juillet 1992, Paolo Borsellino et ses 5 gardes sont assassinés avec une charge de 100kg disposée dans le coffre d'une FIAT 126 en bas de chez sa mère.

corsera flaconeVous allez me dire: "ces deux hommes étaient des héros!". Oui. Enfin non. Ce sont des martyrs plutôt. Car leur œuvre pour la légalité n'a pas trouvé un terrain très fertile auprès de l'opinion publique de l'époque, et encore moins auprès des hommes politiques en place. Ils étaient accusés d'être des "rouges", des juges communistes (argument réutilisé par Berlusconi ensuite lors de ces déboires judiciaires) alors qu'en réalité ils étaient tous les deux très, très à droite (MSI). Ils ont été entravés dans leur travail par l'état (mutation sanction après le maxi procès), ils ont été calomniés. Ils ont été menacés de mort et ont subi plusieurs attentats à la bombe avant de succomber. Depuis leur mort, alors qu'en façade ils sont intouchables et que personne n'ose les critiquer publiquement, il y a tout de même chaque année des tentatives de délégitimation de la part de certains hommes politiques (toujours les mêmes). Un exemple de ces tentatives de délégitimation, c'est la polémique lancée par Emilio Fede à l'encontre de Roberto Saviano (visionnage ici), Fede étant à l'époque le directeur du journal de Rete4 et chien (oui, on peut le dire) de Berlusconi.

Revenons à notre scoop. Quelles personnalités de l'état auraient donc pu pactiser avec le diable? Les services secrets? Certains ministres? Le chef du gouvernement? Aujourd'hui, nous n'en savons rien, sinon que les services secrets et certains personnages dans la hiérarchie des forces de l'ordre ont trafiqué des preuves, et ralentit les enquêtes. Certains repentis mettent en cause l'actuel président du Conseil Silvio Berlusconi et son bras droit Marcello Dell'Utri, qui alors n'étaient pas encore entrés en Politique. Une petite chronologie des évènements peut nous aider à analyser la situation et à nous projeter dans ce qui s'est passé ensuite en Italie.

 

1992 Janvier. Maxi procès

Confirmation à la surprise générale, de la sentence du maxi procès  de Palerme (premier grand procès du Pool anti mafia des juges Falcone et Borsellino) qui se déroule dans un bunker spécialement construit pour l'occasion: 360 condamnés, 2665 ans de prison plus 19 perpétuités distribuées. Révolte de la sphère mafieuse pour une soit disante "parole non respectée" en référence à un arrangement entre l'état et l'organisation criminelle. Ci contre la menace en parfait style mafieu de Michele Greco à la cour)

 

1992 Février, 17. Tangentopoli

 

Arrestation de Mario Chiesa, à partir de là Tangentopoli éclate dans les médias nationaux et internationaux (Opération "Main propres" suite aux scandales de corruption du monde politique et économique). C'est l'implosion de la classe politique italienne. C'est la fin de la Democratie Chrétienne (DC). C'est la fin de Andreotti au pouvoir après 40 ans de DC.

Qui est Andreotti? La magistrature (sentence d'appel du procès, 2 mai 2003) distingue les faits allant jusqu'à 1980 et ceux successifs: Jusqu'au printemps 1980 Andreotti a "commis le crime de participation à l'association mafieuse Cosa Nostra "[crime n'existant pas en France ]. Ce crime est extinct pour cause de prescription. Pour tous les faits successifs à 1980, Andreotti est absous. La sentence parle en outre d'une "authentique, stable e amicale disponibilité de l'accusé envers les mafieux jusqu'au printemps 1980". En cassation (15 octobre 2004), la cour confirme et précise dans les motivations "la sentence a révisé son jugement non plus en une simple disponibilité mais en une plus ample et juridiquement significative collaboration avec l'association mafieuse Cosa Nostra". En termes plus compréhensibles, Andreotti était le référent politique de la Mafia au sein de l'Etat.

Avec Tangentopoli et la fin de la DC, il se crée un vide politique: la mafia cherche un nouvel interlocuteur.

 

1992-1993 Guerre frontale contre l'Etat

1992, mai. Attentat au juge Giovanni Falcone.

1992, Juillet. Attentat au juge Paolo Borsellino.

1993, Janvier. Salvatore Riina, présumé chef de Cosa Nostra est arrêté. De nombreuses polémiques éclatent suite à la non perquisition du refuge du fugitif.

1993, Mai. Attentat à la galerie des Offices de Florence.

1993, Mai. Attentat à Maurizio Costanzo (présentateur emblématique de la télévision italienne, maître maçonnique de la loge P2 alors que Berlusconi n'était encore qu'un simple adhérent. Costanzo était en outre contre la naissance du parti Forza Italia)

1993, Juillet. Attentat de la rue palestro, Milan

1993, Juillet. Deux attentats à Rome

1993, Décembre. Attentat (avorté pour "causes techniques") au stade Olympique de Rome.

 

1994, Création de Forza Italia et retour au calme

En Janvier, Marcello Dell’Utri et Silvio Berlusconi créent Forza Italia.

Au même moment, un deuxième attentat au stade olympique de Rome est cette fois-ci annulée au dernier moment par les mandataires à l'aide d'un appel téléphonique aux exécuteurs.

 

 

Mon interprétation fantaisiste: je ne pense pas que Berlusconi soit directement lié aux attentats de Falcone et Borsellino. Je crois par contre qu'il a été par calcul ou par obligation le nouveau référent politique de Cosa Nostra & Co. depuis la chute de la DC.

Son entrée soudaine en politique en 1994, son amitié avec Dell'Utri, le fait qu'il ait eu chez lui un mafieux notoire (V. Mangano) pendant 2 ans etc. me font penser qu'il a profité des votes* de la Mafia  (au moins  en 1994) en promettant peut être de faciliter les choses à l'organisation criminelle (une des principales requêtes de Cosa Nostra est la suppression du fameux article 41 bis, le régime carcéral dur pour les mafieux). Berlusconi, profitant du fait que Cosa Nostra est en chute libre au profit de la 'Ndrangheta calabraise, n'a pour l'instant pas tenu ces (éventuelles) promesses. Ont peut donc penser que certains repentis ont eu envie de raconter des choses sur Berlusca, notamment sur l'origine de sa fortune, pour se venger de l'état et le forcer à "coopérer". Cet article de La Repubblica (pour les italophones) et cet article de l'Express permettent d'approfondir le sujet . 

 

* on estime que le vote mafieux représente entre 2% et 3% au niveau national, (+ de 50% au niveau des élections locales dans certaines communes). C’est énorme. Pour s'en rendre compte il suffit d'imaginer ce qui se serait passé si Ségolène Royale en 2007 avait eu accès à 2% supplémentaires.

 


Vidéo:

"Dégoûté par un gouvernement qui n'a pas su protéger son mari, Agnese Borsellino a refusé les funérailles d'état, et a choisi une cérémonie privée excluant les hommes politiques. Ceux-ci ont obtenu leur "journée de la passion" en ce rendant aux funérailles des gardes du corps de P. Borsellino. A' l'arrivée des politiques, la foule, furieuse, a rompu les cordons de sécurité au cri de "fuori la Mafia dallo Stato" "

 

Video: pour terminer avec un peu plus de légèreté, je vous propose ma réinterpretation d'une chanson traditionnelle calabraise.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by UcCaBaRuCcA - dans Histoires d'Italie
commenter cet article

Présentation

  • : En regardant par la fenetre
  • En regardant par la fenetre
  • : Un blog sur l'actualité, la politique, la société, l'économie, l'information. Plusieurs rédacteurs de tout horizons politiques et géographiques. Le but étant le dialogue, chaque commentaire trouvera une réponse de notre part.
  • Contact