Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 21:59

newspaper"Think, it ain't illegal yet", Penser n'est pas encore illégal, c'est ainsi que le gourou de la Funk, George Clinton, introduisait Maggot Brain, jouer sur scène par le talentueux guitariste Eddie Hazel.

 

 

Penser n'est pas encore illégal, certes. Mais qu'en ait-il d'écrire et de parler, aujourd'hui, en France? Beaucoup se sont posé la question suite à l'élection du président de la république Nicolas Sarkozy qui a beaucoup de dirigeant du monde médiatique dans son carnet d'adresse personnel. Une étude impartiale (la trentième) de Freedom House, organisation américaine qui surveille la liberté de la presse au niveau mondial, peut nous éclairer.

 

Le premier coup d'oeil est un soulagement: même si il faut  descendre jusqu'à la deuxième page pour voir la France en 40éme position sur 196 pays, des 3 catégories de "liberté" définis par Freedom House (Free, Partially free, et Not Free), la France fait bien partie des heureux pays à avoir une presse libre. Il n'y a donc pas à s'inquieter, nous ne vivons pas sans le savoir sous une dictature médiatique qui nous "manipulerais" comme l'affirment certains (peu, en verité) sur les plateaux télé.

Maintenant si on regarde de plus près nos voisins sur  le tableau (Chypre, Malte, la Rep. Dominicaine, puis la Hongrie, la Slovaquie, et le Surinam) on se dit que, passé le risque de la dictature télévisuelle, la situation n'est quand même pas glorieuse. Le pays de la révolution Française, des lumières et des droits de l'homme se retrouvant en 40ème position de ce genre de classement, ça fait un peu tâche! Il est urgent donc de voir plus en profondeur de quoi il s'agit.

 

Voici ce qui ressort du rapport de Freedom House sur la France de 2009 (article complet en Anglais ici):

1. La France a du mal à définir clairement le droit des journalistes, en premier lieu le droit à la confidentialité des sources (perquisition du Canard enchainé suite aux fausses accusations dans l'affaire Clearstream en 2007, affaire Autoplus en 2008, garde à vue de Vittorio De Filippis de Libé etc.). Notons qu'une loi renforçant la protection des sources est passée fin 2009.

2. Le gouvernement supporte une presse libre mais dans les faits, certaines lois comme la loi Gayssot (contre le déni de l'holocauste) limitent la liberté d'expression sur certains sujets.

3. Le président de la République va pouvoir nommer le chef de la télévision publique, les garanties d'impartialité sont encore floues.

4. Le Gouvernement contrôle plusieurs agences qui pourvoient la publicité (= les revenues) aux médias.

5. Il n'y a pas de restriction gouvernementale quand à l'utilisation d’Internet, toutefois une loi de 2006 pour lutter contre le terrorisme autorise les autorités à contrôler les suspects.

  Press freedom 2009

 

Qu'est ce que nous pouvons en dire? Que ce n'est pas rose. Que si la presse est belle et bien libre, il existe beaucoup de moyens de pressions pour l'influencer, à défauts de la contrôler. Avec un peu plus de courage (et de créativité?) de la part des journalistes et quelques réglementations au niveau de l'anomalie des régies publicitaires à participation gouvernementale, nous devrions grimper rapidement parmi les pays exemplaires! Donc pas de panique, la situation n'est pas hors de contrôle. Pour le comprendre allons voir un peu ce qui ce passe chez la lanterne rouge des pays de l'UE. A' la 75ème place du classement, le seul pays de l'UE à être classé dans la catégorie des presses partly free, entouré du Royaume des Tonga, du Bénin et de l'Inde, puis de la Namibie, de Timor Est et du Botswana, j'ai nommé: l'Italie!

 

 

Résumé du tableau Press ranking selon Freedom House (tableau complet ici)

 

       Status            Nb de pays              Pourcentage

  Free                     69                           35% 

Partly Free           64                           33%

Not Free               63                           32%

TOTAL                196                        100%

 

 

Un petit rappel pour commencer, à ceux qui croient (sincèrement la plupart du temps) que Sarkozy est un Berlusconi français. Heureusement, il n'en est rien. Laissons de coté le patrimoine énorme du Cavaliere et sa provenance plus que douteuse, laissons de coté ces rapports avérés avec certains gros bonnets de la criminalité organisé, laissons de coté ses frasques personnelles et ses procès en cours et concentrons nous sur ce qui nous intéresse: les Medias.

Outre la presse écrite où Berlusconi, propriétaire des groupes éditoriaux Mondadori e Einaudi, a un quasi monopole, en Italie il y a 7 chaînes de télévision pour le grand public. Les chaînes publiques Rai 1, Rai 2, Rai 3. Les chaînes privées  Rete 4, Canale 5, Italia 1, et la petite La 7 qui se bat contre vents et marée pour exister et être indépendante. Enfin les chaines locales. Pour faire court:

  • - S. Berlusconi est le propriétaire à travers Mediaset de rete 4, Canale 5, et Italia 1, ce qui est déjà en soit une anomalie rendu possible par quelques tours de passe-passe législatifs, notamment grâce à Bettino Craxi, le président du conseil PSI (socialiste) qui a signé le "décret Berlusconi" en 1985.
  • - Le gouvernement Italien en revanche a une autorité sur Rai 1, Rai 2, Rai 3 (les présidents de chaine sont nommés par la commission parlementaire de vigilance et par deux conseillers choisis par le ministre de l'économie). Bref, la Rai souffle dans le sens du pouvoir en place.

Seulement, depuis l'élection de S. Berlusconi au poste de Premier Ministre, à la tête de l'Etat Italien, la quasi totalité des medias télévisuelles se retrouve entre les mains d'un seul homme, qui plus est, au pouvoir...

Voilà, la situation est absolument inédite dans un pays développé, et va à l'encontre de toutes les notions de pluralité de l'information et de démocratie. Attention, à ceux qui voient l'Italie comme un pays où la censure serait rigide et de type militaire, où l'on ne pourrais pas parler mal du Président du conseil, c'est faux (à part dans le journal pittoresque et Stalinien de Rete 4 avec son conducteur Emilio Fede). La censure dans un pays occidental est beaucoup plus subtile. Dans les déclarations gouvernementales concernats les medias, le loup se cache souvent dans la peau de l'agneau...

 

 


Un petit exemple de ce que n'est pas la liberté de la presse en Italie: cette interview de P. Borsellino, juge antimafia assassiné en 1992 (voir article), a été faite quelques jours avant sa mort par deux journalistes Français de l'Express (Fabrizio Calvi et Jean Pierre Moscardo) Il y parle notamment de Marcello Dell'Utri et... Silvio Berlusconi dans le cadre de lien entre la Mafia et le tissu industriel Milanais.

Cette interview n' a jamais été diffusé sur les chaînes italienne, ni privé (ça se comprend, ce sont les chaînes de Berlusconi), ni sur les chaînes publiques. Ce document (qui, je le rappelle, en sois est une bombe journalistique, c'est quand même le plus grand juge, qui est plus est martyrs, qui parle du chef du gouvernement actuel...) est passé une fois à 2h du matin sur Rainews24 en version coupé de 30 mn (la VO est de 50mn) en 2000, soit 8 ans après les faits. Le texte à en revanche été publié le 8 avril 1994 sur l'Express. Suit la vidéo. Ici la transcription de l'interview en Anglais

 

Partager cet article

Repost 0
Published by UcCaBaRuCcA - dans Société
commenter cet article

commentaires

UcCaBaRuCcA 06/05/2010 18:17



Tout à fait d'accord. une "censure" en 4 ans ça reste grave, mais c'est peu pour affirmer que la censure est banaliser.


Toutefois je pense qu'il faudrait quand meme enqueter sur les revenues publicitaires des chaines qui arrivent à travers des agences à part gouvernemental. Ca me semble -avec la protection des
sources- les deux sujets clef du probleme francais.



SimSalatrim 05/05/2010 12:20



Ah la liberté de la presse. Je l'attendais au tournant cet article. Moi-même journaliste, je suis le premier à critiquer l'ingérence de la pub dans les rédactions de presse. Ayant travaillé pour
un grand quotidien national pendant presque quatre ans (un des deux plus grands français en fait), j'ai été surpris quand j’ai appris que le poids publicitaire de LVMH dans le journal représente
plus du tiers de ses entrées. C'est énorme, mais cela ne m'a jamais empêché, ni moi ni mes collègues, de parler en mal du groupe quand ses affaires tournaient au ralenti. La seule fois où j'ai
vraiment senti une "petite pression", c'est à l'époque où la France a (en vain), tenté de vendre ses avions Dassault Rafale au Maghreb. J'indiquais (à juste titre), que ce chasseur (très
performant, sois dit en passant), n'avait jamais réussi à s'exporter hors du territoire français. Coup de fil du responsable d'édition qui me dit :"cette phrase, évitons de la mettre".  Car
pour ceux qui ne le savent pas, mon ancien employeur appartient au groupe Dassault.(à vous de faire le rapprochement) Cette censure est certes mineure, mais elle m'avait fortement choqué à
l'époque.


Cependant, UNE censure en 4 ans de travail journaliste, c'est vraiment peu. Je n'ai donc pas à me plaindre des conditions de travail que j'ai eues. Alors quand j'entend à droite et à gauche qu'en
France on ne peut rien dire, que l'information est controlée par des suppots de l'AFP ou de Reuters, cela me fait doucement rigoler. Ceux qui critiquent la liberté de la presse dans ce pays sont
les premiers à bénéficier de ce précieux sésame qui nous a été légués par ceux qui se sont battus auparavant. Sauf qu'auparavant, la publicité n'avait pas la puissance qu'elle a aujourd'hui.


Autre problème, non moins important. Celui de la protection des sources journalistiques. Ce droit devrait être le commandement numéro un, ou alors numéro deux, après celui d'être bien payé :p


 Blague à part, le secret de ses sources est fondamental. Comment peut-on croire qu'un indicateur va vouloir donner des informations si derrière il sait qu'il risque d'être retrouvé? De même
pour le journaliste. Quel intérêt de se lancer dans des affaires délicates si du jour au lendemain on peut être convoqué au commissariat pour devoir balancer tout ce que l'on sait? Les récentes
affaires qui ont eu lieu en France (AutoPlus, Canard Enchainé comme tu le dis si bien), m'inquiètent sérieusement sur l'avenir de ce métier.




Présentation

  • : En regardant par la fenetre
  • En regardant par la fenetre
  • : Un blog sur l'actualité, la politique, la société, l'économie, l'information. Plusieurs rédacteurs de tout horizons politiques et géographiques. Le but étant le dialogue, chaque commentaire trouvera une réponse de notre part.
  • Contact