Partager l'article ! La mesure de la peine dans les Religions et la société civile: "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre". ...
"Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre".
Il y a quelques années, je discutais avec des amis sur la mesure de la peine dans nos sociétés civiles et dans les textes religieux, que ce soit la Bible, le Coran ou la Torah. Beaucoup de certitudes ce sont écroulé ce jour là.
Les textes religieux se fondent sur une justice réparatrice, c'est à dire que si M. Dupond vole une chèvre à M. Durand, d'après la Bible M. Dupond est débiteur de cette même chèvres, plus une somme d'argent de réparation. On trouve aussi dans la Torah et le Coran des sanctions physique, c'est la fameuse loi du Talion symbolisé par le "Oeil pour Oeil, dent pour dent". Alors que dans le nouveau testament des Chrétiens on a une conception beaucoup plus idéaliste que réaliste.
Dans la Torah on peut trouver ce passage:
"Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. S’il frappe à mort un animal, il le remplacera — vie pour vie. Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent ; on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoqué chez l’autre. Qui frappe un animal doit rembourser ; qui frappe un homme est mis à mort. Vous aurez une seule législation : la même pour l’émigré et pour l’indigène. " Lévitique 24,17-22.
Au contraire, le Nouveau Testament des Chrétiens révolutionne cette manière de penser et la justice devient exclusivement divine, c'est à dire que les Hommes n'ont pas à se faire justice eux même:
"Vous avez appris qu’il a été dit : ‘œil pour œil et dent pour dent’. Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. À qui veut te mener devant le juge pour prendre ta tunique, laisse aussi ton manteau. Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos." Matthieu, 5,38-4.
Plus tard, le Coran fusionnera assez bien les deux approche:
"Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes." Sourate V , verset 44-45.
Ces 3 conceptions de la justice peuvent nous sembler archaïques, cruelles ou naïves, toutefois elles répondent rationnellement à un problème défini. Et intellectuellement le raisonnement est valable. Allons voir ce qui ce passe dans la société civile.
La conception de la justice et de la peine dans nos sociétés démocratiques est très éloigné de ce que les religions nous ont dicté. Dans notre monde bien terrestre, le péché (concept beaucoup plus large englobant un aspect intellectuel et morale outre les aspects factuels) se réduit au crime (concept beaucoup plus restreint, incluant quasi exclusivement les aspect factuels), ce qui est normal dans une société civile et laïc. C'est étonnant lorsque l'on considère que pendant près de 2 millénaires nous avons vécu dans une société Christianiser. Pourtant le système judiciaire est aujourd'hui complètement hermétique aux "lois divines" pour ce qui est de l'application de la peine, et nous faisons un recours massif à l'incarcération. [Ce ne fut pas toujours le cas, Michel Foucault (Surveiller et punir) indique que l'incarcération est devenu une peine en soi seulement à partir du XIX siècle. Alors qu'auparavant les prisons servaient de lieu de rétention en attendant le vrai châtiment (exécution, bannissement etc.).]
La prison, dans les société démocratiques actuelles, a deux fonctions officielles:
1. Protéger la société de ses éléments les plus dangereux.
2. Réinsérer les éléments déviant dans le droit chemin.
Concernant le premier point, il est complètement défendable, si ce n'est que 3/4 des gens qui sont en prison le sont pour des délits mineurs ou sans lien avec la "dangerosité".
Le deuxième point au contraire n'est même pas défendable. Les individus qui ont trouvé en prison un terrain fertile pour une réinsertion sont tellement minoritaire que lorsque cela arrive on en fait des films ou des héros pour émissions de télévision formaté. A' l'inverse, la prison est un centre de formation géant pour délinquants.
Il est donc clair que le système pénale basé sur l'incarcération est un moyen inadéquat et qui ne remplie qu'en (petite) partie les fonctions que l'on attend. Je pense que tout le monde sera d'accord jusque là.
Je ne vais pas faire la comparaison entre ces différentes conceptions de la justice, car chaque personne le portera sur la base de ses valeurs. Toutefois, je me rappelle que lorsque nous avions eu cette discussion avec mes amis, et que à l'un d'entre eux qui était musulmans je disais être horrifié par les flagellations et autres sanctions corporelles, celui -ci m'avait demandé ce qui était pire selon moi: de passer des années de privation de liberté en prisons (sans compter les violences, abus et humiliations qui y sont directement ou indirectement liés) ou d'être bastonner, de perdre une main ou de subir un quelconque châtiment corporel en restant libre. En ce qui me concerne c'est clair, je préfère garder ma liberté au dépend de mon intégrité physique.
Elle est là la différence, entre la justice civile et la justice religieuse: Dans la société civile du XX et XXI siècle nous assistons à une sanctification (sic!) du corps. L'Homme qui était jusque là consideré d'abord comme une âme, une psyché et seulement dans un second temps comme un corp ou une enveloppe charnelle; cet Homme devient aujourd"hui avant tout un corps (mon esprit taquin voudrait dire un "outil de travail"), l'âme et la psyché étant relégué au second plan et ayant une valeur seulement sur le plan productif.
C'est l'apparition de l'homme objet aux dépend de la race aujourd'hui éteintes des Hommes Sapiens.
Premières illustration: Rembrandt - Le christ et la femme adultère
Deuxième illustrations: prison Panoptique
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